« j’espère que ca sera une fille cette fois »

Il y a quelques mois, je lisais les mots d’Héloïse Weiner et ils raisonnaient en moi avec fracas. Tout ses mots étaient justes, c’est ceux que j’avais ressentis durant ma deuxième grossesse.

Pour le premier enfant, pas de soucis. Même si tu peux avoir une préférence sur le sexe de ton bébé (et on a le droit), pour le reste du monde, c’est niet. On s’en fiche. T’es enceinte, c’est bien, tu prends ce qu’on te donne, à quoi bon avoir une préférence, tu en auras un deuxième, c’est là que ça se compliquera.

Pour le deuxième, on te souhaite évidemment le choix du roi, l’autre sexe. C’est rassurant pour la société. C’est la normalité. Comme ça tu as les deux, pas besoin de plus. C’est un peu comme le plan de vie, il faut faire études/job/rencontre/mariage/maison/enfants, et puis vacances à la mer l’été et le ski l’hiver…. mouais.

Cette pression du sexe, on l’a eu au deuxième, et ça nous a bien plombé. Surtout moi (merci les hormones). On avait fait un bébé, et en quelques semaines, selon les dires autour, c’est sûr, c’était une fille. La claque quand on s’est retrouvé face à un zizi lors de la deuxième échographie (avec une échographiste hilarante « pour une fille elle a un beau zizi », l’école du rire en plus de médecine ! )

On a regretté d’avoir demandé le sexe. J’ai eu peur de ne pas savoir l’aimer, ce petit bout d’homme, ce deuxième garçon. Comme si l’amour allait naître de la « nouveauté », comme si c’était un « bis » et que je serai lassée…  Qu’il ressente que j’avais cru très fort que c’était une fille. J’ai eu du mal à lui trouver un prénom… Les réactions déçues à l’annonce du sexe me mettaient en colère intérieurement, et profondément triste, comme a pu l’exprimer Héloise Weiner.

Pour ce 3ème bébé, n’en parlons pas. Trois garçons, c’est du suicide ! Déjà trois enfants, c’est du boulot, mais trois garçons, tu sens l’effroi dans les yeux de tes interlocuteurs. Comme si j’allais manager une équipe de football américain. Stéréotype le retour : les garçons c’est trop speed, les filles ça chouine. Evidemment. Si tu n’as qu’un sexe, tu vas en baver… La diversité est gage de sérénité? je ne suis pas convaincue.

Pour se protéger, et pour vivre ce dernier bébé comme on l’entend, on ne saura pas le sexe. On l’a décidé ainsi. Pour nous, et pour lui (ou elle). Est ce qu’on s’en fiche du sexe? Bonne question.

Je me la suis posée. Est ce que je voudrais une fille ? Pourquoi ?

Evidemment, je voudrais voir la différence,  ce que ça fait d’avoir une fille, par rapport à un garçon. Mais au fond de moi, je pense que ce n’est pas une question de sexe, mais d’enfant. Car ils sont tous différents.
Faire des couettes, acheter des robes, l’habiller comme moi (la pauvre ! ), ce n’est pas mon truc. Cela ne me manque pas. J’ai la chance d’avoir des petits garçons qui aiment regarder Cars ou Clochette, je n’arrive déjà pas à me coiffer moi alors une autre tête brune…

Mon envie d’avoir une fille était bien plus profond. Je dis « était » car cette envie s’est aussi transformé en angoisse. Je vais y venir.

J’aurai voulu avoir une fille, pour plus tard. Pour cette relation mère-fille plus importante que mère-garçon qui débute à l’adolescence. Parce que les petits garçons sont souvent « maman » lorsqu’ils sont petits, mais avec la puberté, le rapport change. Avoir une fille,  pour partager des sorties, les trucs de filles…

Partager une histoire féminine. Oui, je pense que mon « envie » d’avoir une fille est un peu féministe. Se dire qu’elle aura mieux, que l’évolution fera qu’elles auront mieux, et qu’elles feront en sorte d’avoir mieux, que nos mères, que nos grands mères, que nous…

Oui, quelle pression pour elle.

Et puis, depuis quelques mois, je me suis rendue compte de l’angoisse que cela peut être, de potentiellement mettre une fille, une future femme au monde, dans CE monde, aujourd’hui. J’ai rêvé très tôt au début de cette grossesse, d’accoucher d’une fille. On me posait un joli bébé sur le ventre, avec un bonnet rose, et une vague d’angoisse me submergeait.
Est ce que je souhaite mettre au monde une fille, lorsque je vois le recul du droit des femmes, toutes ces différences entre hommes et femmes. Quand je vois que la culture du viol n’est pas morte, qu’on ne peut toujours pas avoir une contraception sans effets secondaires, que les maladies féminines ne sont pas réllement prises en considération (wouah on commence à entendre parler de l’endométriose…), que nos droits ne sont jamais acquis, que les femmes subissent les pressions dans le monde du travail parce qu’il y a l’éventualité de construire une famille, que tous les jours des femmes meurent sous les coups de leur conjoint…. Et bien je ne sais pas, mais cela me fait peur.

J’ai peur pour elle, de ne pas être à même de lui fournir les armes nécessaires pour braver tout cela. Peur pour elle, car je sais, ce que c’est d’être une femme. Je sais ce que c’est de  de douter de ses capacités, d’avoir peur de marcher seule à la nuit tombée, de partir courir seule, d’avoir l’impression d’être une proie potentielle, d’être réduite à son genre.

Je sais que cela fait mal, que cela rend triste par moment, en colère très souvent. Est ce que je souhaite cela pour elle?

Et si….

Et si finalement, mon acte féministe, ce ne serait pas de « faire » des garçons.

Des garçons qui deviendront des hommes qui respecteront les femmes. Oui, c’est comme cela que je peux aider ces petites filles qui naissent en ce moment. En élevant mes garçons en homme. En leur disant qu’une fille à la même valeur qu’eux. Que si leur copine tombe enceinte, c’est aussi leur problème. Que la contraception n’est pas que le fait des femmes. Qu’ils embauchent des personnes, avec des compétences, et non pas des utérus potentiellement habitables. Que le désir des femmes vaut celui des hommes. Que non, les hommes ne proposent pas et les femmes disposent. Que la voix des femmes est égale à celle des hommes.

Parce que non mon coeur, on ne « pleure pas comme une fille », on pleure parce qu’on est triste, que ça fait du bien. On ne « court pas comme une fille », que ce n’est pas une honte d’être battue par une fille, en classe, en sport ou en tout autre chose, mais que l’échec est le même devant une fille ou un garçon.

Alors j’ai envie de dire, à cette petite fille que je n’aurai peut être jamais : tu seras fière de tes frères, car ils respecteront les Hommes.

À propos de lesptitsnormands

Maman normande, un temps expatriée à Strasbourg mais revenue dans ses terres, je tente avec ma petite famille, grand moustique, p'tit bretzel et charmant viking, de tester les sorties familiales en normandie! Avec du blabla, des gâteaux aussi et du bricolage et de l'art!
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